Les Cayemites

Par Mérès Weche

Le Sénat de la République planché, en date du 6 avril 2017, sur une proposition de loi portant création de la commune des Iles Cayimites dans l’arrondissement de Corail dans le département de la Grand-Anse. Proposition qui a été adoptée à l’unanimité et qui portera le nombre de communes à 146.
Comparativement à d’autres îles de la Caraïbe, telles que Les Caïmans et Turcos & Caicos, ayant respectivement une superficie de plus de 250 kilomètres carrés, Les Cayimites, 6e section communale de la commune de Pestel ne mesurent qu’une cinquantaine de kilomètres. Les trois bourgades qui la composent: Anse-à-Macon, Pointe-Sable et l’Anse du Nord totalisent environ 5000 habitants, selon une estimation de 2009.
Les 13 communes existant à l’heure actuelle dans la Grand-Anse constituent en grande partie un lourd fardeau pour l’économie haïtienne, compte tenu de la non-rentabilité de bon nombre d’entre-elles sur le plan des rentrées fiscales. Le système de péréquation n’existant pas à l’échelle départementale, le risque s’avère patent que ce sera une charge de plus pour les finances publiques.
 La nécessité, il est vrai, de valoriser nos zones de plage, permettra à ces îlots adjacents de se développer, mais c’est davantage en les bonifiant comme sections communales de Pestel dont la « Fête de la Mer » fut une heureuse initiative culturelle et touristique au cours de ces dernières décennies. À cet égard, la comparaison n’est pas sans importance avec les autres îles de la Caraïbe susmentionnées, puisqu’elles constituent des destinations très fréquentées par de grands bateaux de croisière, et la Couronne britannique en bénéficie amplement, car ce sont plus de 40 îles qui absorbent ces flots de touristes venant de partout de la planète.
Loin de faire un procès d’intention aux concepteurs de cette proposition adoptée par le Sénat de la République, nous soulevons la problématique de la gestion financière d’une nouvelle commune, dépourvue de ressources suffisantes pour s’autogérer, à un moment où la Grand- Anse compte encore ses blessés, malgré les vacarmes faits autour d’un projet Grand-Sud qui n’atterrit pas au-delà du versant nord de Pic Macaya.


Les Cayemites, au large de la ville de Pestel
Toutefois, nous restons dans l’expectative, car il est encore trop tôt pour porter un jugement arrêté sur une telle décision, car une loiprogramme à long terme devra définir le bien-fondé de cette nouvelle commune posée comme une écharde à la blessure de Pestel, ville enclavée par rapport à la route nationale conduisant à Jérémie.
 Quand cette proposition de loi prendra sa forme définitive, elle deviendra certainement une règle impérative imposée, et à moins d’une abrogation, elle sera établie par les autorités souveraines qui l’auront enfantée.
De même que la Constitution de 1987, qui fut concoctée par des pairs, à des fins partisanes, et qui constitue aujourd’hui un accroc à la gouvernance du pays, il importe de ne pas prendre des décisions à la légère qui mettent à mal le devenir de la nation. Nous avons trop longtemps hypothéqué le bien commun, au détriment du «pays-en-dehors», parce que des intérêts mesquins l’emportent sur ceux dits «supérieurs» de la nation.
L’heure est venue de reconnaître le naufrage national, dû à des décisions à l’emporte-pièce. Les signaux d’un nouveau contrat social s’annoncent certes à l’horizon, mais il ne faut pas une nouvelle fois rater le coche.

Mérès Weche
Source: Le quotidien Le National

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